Fleurir le monde avec Floramama

Texte par Suleyka Montpetit

 

Chloé a créé Floramama en 2014. L’endroit est niché dans les collines de Frelighsburg au Canada, à quelques kilomètres de la frontière de l’état du Vermont, aux États-Unis. Elle y produit des fleurs coupées et des bouquets qu’elle vend via la formule d’abonnement de l’Agriculture Soutenue par la Communauté (ASC) et dans les magasins d’aliments naturels de la région de Montréal et des Cantons-de-l’Est.


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Comme si le fait d’avoir 70 variétés de fleurs devant sa fenêtre n’était pas suffisant pour Chloé Roy de Floramama, aussitôt entrée dans sa ferme animée et d’un style éclectique, elle assemble un immense bouquet de gentianes pour agrémenter la table de cuisine et le dépose devant mes yeux. Malgré les enfants, les animaux domestiques, les plantes et les commandes qui, en ce moment, dépassent pratiquement la capacité de production, et en dépit de son horaire chargé, la fondatrice de cette entreprise floricole, entièrement opérée par des femmes, me reçoit pour discuter de sa ferme biologique, locale et à dimension humaine. Elle a la conviction que la voix des femmes en agriculture doit être entendue.



Chloé est une femme de contrastes : la volonté sereine et la sensibilité qui l’habitent dissimulent un noyau inébranlable qui se combinent pour constituer cette femme d’affaires qui n’a pas peur de se salir les mains. À seulement 36 ans, l’esthétisme de son approche florale simple et naturelle a déjà fait d’elle une source de savoir et de confiance dans sa communauté, en plus d’être une inspiration pour les innombrables apprentis tentés de marcher dans ses pas.

« Quand je pense aux clients qui apportent mes bouquets à la maison, je sais que je suis en train de nourrir leur âme. Il y a quelque chose de vraiment magique à livrer du bonheur sous forme de fleurs. »


En 2012 et sur un coup de tête, Chloé offre son aide à Jean-Martin Fortier et Maude-Hélène Desroches, de La Grelinette, pour cultiver des légumes sur leur ferme. C’était sa première expérience en agriculture et le temps de le dire, son empressement initial s’est transformé en deux années d’engagement et d’apprentissage. « Elle est l’une des cultivatrices les plus dévouées et compétentes que nous ayons eu la chance de former », affirme Jean-Martin.


Au fur et à mesure où les habiletés de Chloé s’épanouissent, l’idée de lancer son propre projet commence à germer. Elle aperçoit alors une photo de Erin Benzakein de Floret Flowers tenant une gerbe de dahlias au crépuscule. « Je me souviens encore à quel point j’étais éblouie par la beauté de cette femme portant cet énorme bouquet », dit-elle. Peu de temps après, elle obtient une bourse pour suivre une formation donnée à la ferme Floret Flowers et délaisse la culture des légumes, à la surprise générale. « J’aime être différente. Après mon passage à La Grelinette, j’ai su que je voulais faire de l’agriculture. Il y avait déjà plusieurs agriculteurs maraîchers dans le coin, mais aucun ne cultivait des fleurs. J’ai saisi l’opportunité ».

Ses fleurs aussi sont différentes, contrastant nettement avec celles produites à plus grande échelle. Fines et exceptionnellement belles, la disparité de leurs formes et de leurs couleurs leur prêtent une texture et une qualité immatérielles qui nous transportent comme un canal viscéral, vers le monde du naturel ; une rupture considérable avec sa contrepartie commerciale, rigide et homogène.

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*Adapté pour en ligne, vous pouvez lire l'article au complet dans le premier numéro du Magazine Growers & Co.